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Souffle de Désert

Genre
Homme
Âge
30 ans
Dose
5,2 g Très forte
Substance
Psilocybine
Au cours de la première heure, j'ai visité une successions de lieux à travers des visions. Je me souviens de certains, comme un arbre entouré de pneus pour s'y asseoir, ou un parterre de fleurs sur une terrasse. Ces lieux visionnaires se mêlaient à mon salon que j'apercevais légèrement dans le noir.
La musique (très douce) accompagnait ces visions.
La première épreuve emotionelle du trip est survenue à la fin d'un morceau de musique. Les dernières secondes du morceau "Charade" de l'artiste Supersillyus comportent en effet une petite mélodie entêtant au cours de laquelle je me suis senti parcourir très longtemps un sentier parmi des palmiers oranges. C'était très impressionnant et surtout très très long.

Un peu plus tard, j'ai vécu le moment le plus heureux de ma vie. Sur le morceau "you are here now" de l'artiste Suduaya, lors du solo de guitare, j'ai ressenti un immense bonheur. J'avais des visions de collines aux herbes vertes et battues par le vent, qui se découpaient sur un ciel bleu. Il y avait des kiosques pour pique niquer aussi. Passant ma main dans la bouche, je me suis mis à explorer l'intérieur de la bouche du bout de l'index. Cela "scannait" le volume et la surface de l'intérieur de la bouche, qui se dessinait en 3D sous forme de vision dans ma tête. Je riais beaucoup et, encore à ce jour, sur ce morceau de guitare j'ai vécu le plus grand bonheur de ma vie, et c'est une chance incroyable d'y avoir goûté. Cela me rend très heureux d'y repenser régulièrement.

Seulement, un peu plus tard, j'ai voulu goûter une chips au vinaigre de la marque Tyrells (car c'est un goût fort). Je me mettais toujours des choses à manger "interessantes" de côté, pour les goûter sons psychédéliques.
J'ai éfleuré du bout de la langue la chips. Je perdais le souffle tellement le piquant du vinaigre et du sel m'ont surpris. Les visions sont devenues extrêmement intenses, je riais aux éclats. Je voyais des montagnes parsemées de buissons, des motifs incroyablement complexes qui ne faisaient qu'uns avec le goût du sel et la musique. Je me suis dit, "si je croque dedans, je suis mort" car cela aurait été bcp trop d'informations.
J'ai attendu un joli passage du morceau "spectrum of love" de l'artiste COAM, et j'ai croqué la chips.
Je suis littéralement devenu fou à cet instant précis.

Les 5 ou 10 secondes qui ont suivi ont changé ma vie pour toujours. J'ai ressenti une force sur puissante, irrésistible, m'envahir. J'ai poussé de toutes les forces sur les abdominaux, j'ai tétanisé tous mes muscles, j'ai poussé un cri jusqu'à ne plus avoir d'air, mais je poussais encore.
J'ai instantanément entendu mes pensées s'emballer, devenues incontrôlables.
Cela m'a terrifié à un tel point, que j'ai eu peur de moi même. Je me sentais hors de mon propre contrôle. Je n'aimais plus ma vie, plus mon corps, plus la façon de penser.

J'ai ressenti une colère qui, encore aujourd'hui, me terrifie à repenser. Je ne sais pas trouver d'adjectif assez fort pour décrire cette colère dirigée contre moi-même. Je sais en revanche qu'elle est comme une vague brûlante, comme si je me remplissais d'eau bouillante. Je m'en voulais d'avoir ruiné ma vie qui, de toute évidence pour moi à ce moment-là, ne s'était plus possible après tout ce que la tête venait de penser en 5 ou 10 secondes.

Les 2 heures restantes ont été une lente agonie, chaque seconde de la musique un calvaire. J'observais mes meubles, mes jambes, rien n'avait de sens. Tout était vain, inutile, sans goût ni souvenir associé. Creux. Je tentais désespérément de donner du sens aux choses mais non seulement je n'y arrivais pas, mais de surcroît je savais que cela m'aiderait une trace indélébile dans ma perception du monde après le trip. Je regrettais amèrement. Je disais à voix haute "hé bah bravo. T'as trouvé...". Trouve quoi ? Je cherche encore, mais j'avait trouvé, trouvé ce Quelque-Chose qui, lorsqu'on lève le voile et qu'on le voit, enlève tout le mystère de la vie et la rend mécanique, creuse, inutile.

De nombreuses visions de sont succédées encore, dans une interminable épreuve d'attente et de tentatives de repentir, de faire retour arrière et revenir à la vie-d'avant-la-chips.

Il y aurait encore bcp à dire et c'est désormais le sens de ma peinture. Retrouver ce Quelque-Chose pour faire le deuil de l'ancienne réalité, pour poursuivre le voyage dans la nouvelle.

Voici pour finir un poème que j'ai écrit peu après ce trip :

Languissant sa tendresse tentatrice, il eut été impertinent que je goûtasse mon pouce à cet instant, ce que je fis pourtant. Mon pouce, ce met rare et bon comestible, me plut beaucoup car son parfum érotique accompagnait curieusement bien de langoureuses guitares amoureuses dans un orgasme rutilant, synesthésique et insupportable de plaisir. Le plus grand d’une vie, une jolie prunelle.
Absorbé dans la plus colossale symphonie des saveurs, j’explorais avec une perverse intention les revers les plus intimes de ma bouche goguenarde, ouverte et soumise malgré elle à la prospection divine de mes doigts gourds. Tandis que je jouissais des courbes joyeuses de mes joues soyeuses, je savourais dans les revers baveux de mes beaux yeux l’humeur d’être amoureux. Avant même d’avoir pu souiller mon drap d’un juron, je comprenais dans un effroi disgracieux que le goût coquin de la musique se dissipait dans une immense colère pour révéler le plus terrible secret.
Foutu secret ! « Non. Non… Non ! Qu’ai-je compris ?» je pensais.
Je regrettais, je voulais refermer la boîte de pandore mais ne le pus. Je comprenais que je ne le pourrais plus.
Oblitéré dans la substance du réel, je pensais alors à raconter les imbéciles bureaux d’écolier lustrés par la peau grasse de l’enfance. Confier que mon secret s’écoute à l’ombre des grands palmiers ambigus, ceux qui portent des feuilles tordues et parsemées de mailles merveilleuses. Leur écorce croustille et brille, comme le cuisant bariolé du sel sur ma langue si enflée de désir qu’elle enfanta la démence la plus atroce.
Le secret est comme une crème jadis très douce, d’abord devenue mousse, puis rendue infecte et insoluble par les insolentes bulles de ses huiles.
Insolent secret ! Horreur ! Si vous ne l’avez jamais rencontré, c’est que vous n’avez jamais eu peur.
En suintant de moi, le secret, cyniquement de ses doigt froidis aux ongles pointus, démêlait ma conscience enorgueillie par le chemin parcouru. Il se faufilait et infectait mes souvenirs les plus las, comme une main rude de crasse dans de délicats cheveux féminins. Une vague de honte, si grande pour une si pauvre caboche que la mienne, finit alors par me crever ; elle me crevait de terreur.
...Désormais, je saurai le larcin du secret.

Une initiative de

CREATES — UCA Arts + Humanités CTELA — Centre Transdisciplinaire d'Épistémologie de la Littérature et des Arts vivants LIRCES — Laboratoire Interdisciplinaire Récits Culture Et Sociétés