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Capitaine d'Onyx

Genre
Femme
Âge
35 ans
Substance
Psilocybine
Les effets ont mis du temps à se manifester. Je n'ai pas précisément mesuré le nombre de milligrammes ingérés ; j'avais pris deux petits champignons secs, mais comme au bout d'une heure, je ne sentais rien, j'en ai pris un de plus. J'ai commencé à me rendre compte des effets lorsque ma pensée s'est accélérée ; mes pensées défilaient tellement vite qu'il m'était impossible de dire si les idées qui me venaient à l'esprit étaient nouvelles, ou s'il s'agissait de choses auxquelles j'avais déjà pensé auparavant. D'ailleurs, toutes mes pensées étaient en anglais ; lorsqu'il m'était clair que la substance faisait effet, j'ai pensé "absolve, dissolve".
J'avais une envie profonde de dormir. J'essayais de lutter pour ne pas m'endormir, mais j'ai l'impression que cette lutte m'empêchait parallèlement de vivre pleinement l'expérience. J'étais donc tiraillée entre l'envie de me laisser aller à l'endormissement en fermant les yeux, en me disant que c'était peut-être ce que la substance "voulait", ou de rester éveillée, en gardant les yeux ouverts, pour ne pas "gâcher" le moment.
"You close your eyes, you sleep. It's just a dreamlike state, the edge before dreams."
Il m'était très difficile de distinguer les effets de la psilocybine comparé au simple état transitoire dans lequel on se trouve avant de s'endormir. Car, au final, les deux états me semblaient tout à fait similaires, et je me disais que le fonctionnement de mon cerveau n'était pas différent dans ces deux cas. La phrase qui m'est venue à l'esprit était "Your brain already does that, it's your power". J'étais partie dans une réflexion visant à me dire que ma pensée en temps normal fonctionnait déjà un peu comme un cerveau sous psychédélique ; je peux imaginer des choses bizarres et invraisemblables, et avoir des pensées incongrues, un peu sorties de nulle part. Comme je n'arrivais pas à différencier si ce que je vivais (p. ex., visualiser un genre d'homme-renard en chemise avec une cravate, qui me regarde, assis à un bureau) était dû aux psychédéliques ou juste au fait que j'étais sur le point de m'endormir, la phrase "You don't need it, it doesn't affect you, it doesn't work on you, you already know." m'est venue à l'esprit. J'en venais à la conclusion que je n'avais pas besoin de psychédéliques pour trouver les réponses, et que les psychédéliques ne pouvaient pas m'apporter plus que ce qui était déjà en moi.
Je me suis endormie à un moment donné, je ne sais pas pour combien de temps. Dans ma première expérience avec la psilocybine, en micro-dose, j'avais eu, la nuit qui a suivi la prise, le seul et unique rêve lucide de ma vie (qui était une expérience magnifique). Dans cette troisième expérience que je relate ici, je me sentais déçue de m'être endormie pendant la prise, et de n'avoir fait l'expérience de rien.
Les pensées continuaient à défiler. J'étais emmitouflée sous ma couverture, et je voyais ses motifs d'une façon très lumineuse ; je m'imaginais être dans une cave parsemée de champignons lumineux, comme dans le "Blackreach" de Skyrim. Ma couverture me semblait toute douce et confortable, ce qui me procurait un sentiment de bien-être ; "in the fabric of the universe". Je ne sais plus trop comment les conclusions se créaient dans mon esprit ; ma pensée défilait toujours aussi vite, je passais de pensées assez profondes à des pensées assez absurdes.
J'écoutais de la musique avec un casque, et lorsque la chanson "Hand in Hand" de Onra s'est jouée, j'ai commencé à pleurer. J'imaginais mes réseaux neuronaux, qui ressemblaient à des racines qui se desséchaient, qui relâchaient leur entrave, et qui laissaient s'échapper des genres de boules. Et j'ai pensé "It's OK to let go. It's easy to let go. You were always good. It's over now. You can let it go, you've made it through." Cela marquait la fin de l'expérience. Il commençait à pleuvoir, et j'ai écrit "The rain started to fall, as to wash away all that was. All the mayhem was dissolved. Saying goodbye to an old friend, to the old self." J'avais l'impression que mon corps était comme celui d'un arbre, et qu'il continuait à grandir, que des branches grandissaient depuis mes doigts.
C'est surtout le fait de penser que j'avais toujours été quelqu'un de bien qui m'a fait pleurer. Et je crois que cette obscurité que j'ai cherché à rencontrer, venait de ce sentiment profond de ne pas avoir été, et de ne pas être, quelqu'un de bien. Cette expérience m'a aidé à comprendre et à ressentir que ce n'est pas vrai, et que ce sont les situations dans lesquelles j'ai pu me retrouver qui n'avaient pas été favorables pour que je sois quelqu'un d'épanoui. "If the way you see the world is shaped by yourself, you won't appreciate it if you don't appreciate you." Je me suis sentie libérée.
J'avais réfléchi à ce sentiment de connexion à une entité supérieure que certains décrivent durant leur expérience sous psychédélique, et j'ai écrit : "There's no bigger purpose. We choose what we attach importance to. Nothing is superior. We're the perceiving object. Everything is just as it is. We make it big or small, ordinary or extravagant. But it just is." Je pense que ma pensée était le reflet d'un certain "conditionnement" de la philosophie Bouddhiste (notamment Vipassana), qui a alimenté ma conclusion.
Lorsque je suis sortie de mon lit après l'expérience, j'ai descendu les marches pour me rendre dans mon salon ; mon corps me paraissait beaucoup plus grand. Je me suis longtemps assise à regarder les arbres par la fenêtre. La pluie avait cessé, le soleil était revenu, et sa lumière sur deux grands arbres était magnifique. J'ai pensé "I am one with the trees and the trees are like me." Comme c'était l'hiver, je voyais leurs branches, et je me suis dit que c'était comme ce que j'avais visualisé pendant l'expérience ; mes neurones, mon corps, mes doigts.
Par la suite, j'ai résumé mon expérience en trois temps : "navigation, liberation, absolution". Chaque étape était d'autant plus marquée par la musique que j'écoutais ; une première étape de navigation dans les confins de l'esprit pour chercher à comprendre, une deuxième étape de libération suite à la compréhension profonde, et enfin l'absolution, comme le fait d'être pardonné et de se pardonner.
Étrangement, même si je ne suis pas religieuse et que j'ai eu cette révélation qu'il n'existait rien de supérieur, le vocabulaire qui me venait en tête (p. ex., absolve, absolution), avait quand même cette connotation de pardon et de repentir, présente dans la religion. Encore plus étrange, ces mots me venaient en anglais, sans que je sois non plus très certaine de leur sens (je parle couramment anglais chez moi, mais ce ne sont pas des mots que j'utilise du tout au quotidien).

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