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Prince d'Orage

Genre
Homme
Âge
22 ans
Dose
2.5 g Forte
Substance
Psilocybine
Bonjour à tous, je souhaite aujourd'hui partager une de mes expériences sous psilocybine qui m'a particulièrement marquée.
Ce n'était pas ma première prise mais peut-être la 3 ou 4eme fois que j'en prenais. J'ai pris 2.5g de Tidal Wave Ape, faits moi-même poussé et séché, et avec le recul, c'est une dose que je juge vraiment trop importante pour un débutant, mais j'ai voulu faire mes expériences et voici comment ça s'est passé.

À cette période-là, j'étais en colocation avec un très bon ami avec qui on s'est motivés pour faire pousser et tester les champignons hallucinogènes. On a donc fait les choses bien se prenant pour des Heisenberg de la psilocybine en faisant pousser du Tidal Wave Ape, espèce réputée pour sa puissance et sa forte teneur en psilocybine.
Nous étions attirés par les champignons pour leurs côtés introspectifs et dissolutifs de l'ego.
Après la récolte, nous avons testé et le trip était vraiment génial, puis nous avons testé une 2eme fois (2g), cette fois-ci à trois, et ça s'est aussi très bien passé, mais le fait de ne pas être seul et de ne pas pouvoir vivre le trip pleinement était pour moi frustrant. J'avais beau être avec des gens de confiance, je voulais pouvoir me laisser 100% aller, n'avoir aucune retenue, aucun potentiel regard sur moi, aucune pensée du type "peut-être qu'ils me regardent là" pendant que j'ai les yeux fermés.
J'ai donc profité d'une soirée d'absence de mon coloc pour me faire un bon vrai trip comme je l'entendais.
Le setup était important, je voulais être bien, j'ai donc installé un matelas au milieu du salon que je considérais comme l'espace le plus propice et agréable de par sa grande hauteur sous plafond et je le trouvais moins étouffant et petit que ma chambre. J'ai préparé 2 enceintes que j'ai jumelées et disposées de chaque côté du matelas.
C'est bon, c'est prêt, matelas, enceinte, mindset, je suis à jeun : Go je prends. 2,5 g ingérés, je vais prendre ma douche, je m'installe tranquillement le temps que ca monte, puis 30 à 40minutes plus tard, la montée débute. Je me précipite en joie sur le lit, connecte mon téléphone aux enceintes disposées à droite et à gauche de ma tête pour une immersion totale.
Je ne sais pas si l'information est pertinente, mais l'intention du trip était de voyager loin, j'ai donc mis des musiques de films type Hans Zimmer, M83, Twelve Titans Music pour ceux à qui ça parle ou si vous voulez vous mettre dans la même ambiance que moi durant cette lecture :D
Honnêtement, c'est un peu difficile à vraiment retranscrire le voyage. Premièrement, c'est comme un rêve ça s'estompe de la même manière. De plus, je manque de vocabulaire pour daigner me rapprocher de ce qui à été vécu. Je vais faire de mon mieux...

Me voilà maintenant allongé sur ce matelas, au milieu de cette vaste pièce face au plafond, les yeux fermés, laissant libre cours à mon imagination dans le but d'être emmené au tréfonds de mon subconscient afin de répondre à des questions que je n'avais même pas formulées.

La musique fait instantanément effet, un film se déroule devant mes yeux pourtant bel et bien fermé, c'est magique. Une espèce de joie prend possession de moi, je ris aux éclats, complètement seul, sans raison apparente. Mais soudain, dans ce moment d'euphorie de manière vive et vicieuse une pensée vient s'immiscer : "T'es fou, espèce de sale drogué, regarde toi, tu rigole tout seul". Un jugement d'une telle puissance envers moi-même, ce ressentiment d'indignité, de honte que j'avais ressentis et tenté d'ignorer pour ne pas me déconcentrer et gâcher l'expérience avait surgi sans prévenir.
Malgré le petit coup que ça m'a mis, j'ai tout de même réussi à replonger rapidement dans mon imaginaire infini. En fermant les yeux, une infinité de scène défilée du haut vers le bas, c'était magnifique, j'étais ailleurs, c'était bon d'être à la maison, mais en même temps si loin. Mais il y avait tout de même une toute petite tâche, mes pensées fusaient à une vite fulgurante, bien plus que dans mon quotidien, et ma nature introspective à prit le dessus, creusant comme des failles dans lesquels j'étais tombé et je ne pouvais plus ressortir. C'était vicieux, je ne le sentais pas venir.
Il faut savoir que j'avais beaucoup en tête (en étant sobre) que les champi faisait ressortir des attraits de soi parfois enfouie ou pas forcément visible, c'est pour quoi, durant le trip je ne pouvais absolument plus m'empêcher de m'analyser, de trouver une explication à la moindre pensée ou vision, je me disais une première fois "Ah tu penses ça, car au fond tu es comme ça" puis au moment de cette pensée une vision de décorporation (toujours dans ma vision, donc dans ma tête, et tout ça en même temps que le film continuait de se dérouler devant mes yeux, ce qui était toujours agréable). Une fois décorporer c'est comme si je me voyais de l'extérieur (toujours à l'intérieur de moi, c'est compliquer d'imaginer mais j'insiste bien là-dessus.), me voyant de l'extérieur j'analysais mon analyse car "je suis comme ça sur ce point", et HOP décorporation, et me voila dans une boucle analytique obsessionnelle de mon propre comportement et fonctionnement de pensée, c'était devenu inarrêtable, j'étais pris au piège dans cette faille.
Cependant, en parallèle de ca, je continuais d'assister aux magnifiques créations de mon cerveau qui défilaient dans ma tête.
La boucle d'analyse ne s'arrêtant pas et prenant de plus en plus de place, je commençais petit à petit à trouver ca désagréable et pénible. Évidemment, en faisant ca, j'y porte de plus en plus d'attention faisant croître démesurément le processus et la place qu'il occupe.
Le moment déclencheur vint à la décorporation de trop, celle qui m'a fait flipper, celle où j'ai cru sortir de mon corps physique.

Vous l'avez compris, c'est à partir de là que les choses ont mal tourné.

Je décide rapidement d'ouvrir les yeux, me laissant ainsi l'impression de la dernière scène gravée à jamais dans ma tête. Scène visuellement extrêmement puissante et magnifique.
Je décide donc d'ouvrir les yeux afin de stopper le trip devenu désagréable. Ne sachant pas s'il était toujours 19h (heure de la prise) ou 6h du matin (le questionnement n'est pas conscient mais le rapport au temps n'existe plus tel que nous le concevons), je revins dans le salon de l'appartement où j'étais physiquement. D'ailleurs, l'appartement était à ce moment-là comme une bulle ayant sa propre réalité. Tout ce qui se trouvais dehors n'avait soit plus aucune importance soit n'existait plus du tout.
Bref, j'ouvre les yeux, me précipite dans la cuisine et me jete sur le sac de sucre sensé atténué les effets de la psilo. N'étant en capacité de ne rien me préparer je me suis contenté d'apéricubes que j'avais un mal fou à ouvrir et mettre dans ma bouche.
À ce moment-là, je ne savais plus vraiment ce que j'étais, rien n'était semblable à ce que j'avais connu. Ni le temps, ni l'espace autour de moi, ni ma façon de penser, je voulais que ça cesse.
Cette volonté de vouloir stopper le trip a fait monter l'angoisse, une angoisse ingérable, transcendée et mélangée à autre chose.
À partir de ce moment-là, il s'est passé tellement de choses. J'ai eu tellement de révélations, de visions du monde différentes. Dis comme ca ca à l'air sympa, mais c'était horrible sur le moment, tellement dur à encaisser. Les jugements odieux que je portais à moi-même m'ont fait tellement de mal. Le simple fait de rire seul me faisait me comparé à un SDF seul et drogué ne sachant plus où il est et ce qui il est (Personne que je respect, ne dénigre absolument pas et envers qui j'éprouve compassion et soutiens), mais à cette étape-là de ma vie, ma considération personnel était lamentable, je me sentais jugé et m'éprisait par le monde entier.
Je me suis levé, j'ai grimpé les escaliers, j'ai mis un pull, je me suis enroulé dans un pled et je me suis faufilé sour ma couette dans mon propre lit. Ce qui m'a sauvé c'est d'avoir ouvert tiktok et scrollé. C'était une ancre dans le monde réel, celui dans lequel je voulais remettre pied, c'était également une notion temporelle (à aujourd'hui, je sais que ma stratégie lorsque ca tourne mal c'est de mettre un film, ca pose une structure temporelle et ca ancre dans le reel).
Bref, j'ai scrollé, encore et encore jusqu'à ce que ca s'aténue.
Quand je me suis sentis, je me suis levé et du haut des escaliers, j'ai revu ce matelas et les emballages d'appéricubes parsemer à moitier sur le lit et sur le sol, j'avais déjà comme un souvenir d'une vie passée douloureuse enfin terminée.
Je me suis empressé de ranger ce désordre pour passer à autre chose et ne plus voir l'épicentre du bad-trip qu'était ce matelas. Mais c'est en le soulevant que j'ai fondu en larmes, comme si j'avais une vision ultra large de la vie, des points de vue de chacun, mais surtout de moi. J'ai pu voir ma vie et mes comportements du quotidien d'un point de vue extérieur, ce qui m'a mis une claque gigantesque.
BREF 10 ans de thérapie en 3h. Avec du recul un suivis psy aurait été vraiment bénéfique et plus d'un an après j'ai toujours besoin d'en parler mais malheureusement ça reste flou, loin et impalpable.

Pour finir, je suis passé par plusieurs phases. J'avais en premier temps un besoin d'affection féminine énorme. Je pensais beaucoup à mon ex, j'avais l'impression qu'elle m'aurait compris et sortis de cette galère.
Une fois passé à 23h30 j'ai appelé un proche, ce qui m'a permis d'externaliser à chaud et de mieux revenir à la réalité.

Je n'en ai pas parlé, mais les effets visuels étaient présents. Le plafond respirait et mon souvenir le plus précis était mon reflet dans le miroir, j'étais vert et tout mon visage bougeait, fondait comme de la cire chaude. Le trou de levier de la salle de bain lui se renfermait sur lui-même à l'infini, c'était excellent de voir ça.

C'est extrêmement frustrant de ne pas pouvoir raconter de manière la plus précise et juste qui soit mais c'est tout à fait impossible. J'ai fait de mon mieux, j'espère que ça profitera à certains.

Merci de m'avoir lu < 3

Une initiative de

CREATES — UCA Arts + Humanités CTELA — Centre Transdisciplinaire d'Épistémologie de la Littérature et des Arts vivants LIRCES — Laboratoire Interdisciplinaire Récits Culture Et Sociétés